Sharing is Caring N°4 : fausse couche & Interruption de grossesse

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Nous sommes convaincues qu’il est nécessaire de briser la loi du silence entourant la maternité et déterminées à lever des tabous qui ne devraient pas en être. En témoignant, vous offrez un soutien et du réconfort à toutes les femmes traversant une épreuve similaire sans oser en parler. Merci pour elles, merci à vous.


Témoignage de Charlotte

« Après notre mariage en 2013, nous décidons de fonder une famille avec mon mari. Très vite je tombe enceinte, fin 2013. Malheureusement au premier contrôle on me dit que le petit coeur de mon bébé s’est arrêté de battre. Je suis à 8 semaines. Ma gynécologue me dit de revenir dans une semaine, que peut-être que nous sommes trop tôt. La veille du rendez-vous j’ai des douleurs au ventre et je sais que la fausse couche est confirmée.

Je suis hospitalisée pour prendre un médicament pour expulser cette grossesse. Personne ne me prévient que ce médicament me donnera des contractions et je ne suis pas du tout préparée à la douleur, jusqu’à en vomir. On me dit de faire pipi dans une bassine pour que les infirmiers puissent vérifier si « c’est » sorti.

Arrive la fin de journée, on me dit que je devrai certainement rester pour la nuit, je ne veux pas, je veux rentrer, et là, mon corps, mon bébé, m’entendent. J’appelle l’infirmier, je ne veux pas regarder. Il me confirme que « c’est bon ! ». J’appelle mon mari et je rentre. Nous sommes fin janvier 2014.

Ma gynécologue me conseille d’attendre 3 mois avant de retenter une grossesse pour que le corps se remette et reprenne un rythme. J’ai à nouveau la chance de retomber enceinte rapidement. Nous sommes fin juillet 2014.

Je recommence à avoir des saignements. Ma gynécologue est en vacances. Le gynécologue que je vais voir m’informe qu’étant à 6 semaines de grossesse, il est probable que nous ne puissions pas voir d’embryon encore. Il soupçonne une nouvelle fausse couche et me demande de revenir 1 semaine plus tard pour refaire un contrôle.

La semaine d’après le diagnostic se confirme. Il me parle d’oeuf clair. Pour moi, ce terme est assez froid. Pour moi, ce bébé est bien là, mais il est tellement petit qu’on ne le voit pas.

Il me conseille d’attendre que la nature fasse les choses et que mon corps expulse cette grossesse de lui-même. Seulement, après 6 semaines d’attente, rien ne se passe malgré la prise du fameux médicament… Ma gynécologue a continué le suivi et elle me met un « ultimatum »: « Si ce soir à 17h quand vous venez me voir la situation est la même, vous venez demain matin à 8h pour un curetage. Je ne peux pas vous laisser dans cette situation plus longtemps ! » Je ne voulais pas ce curetage. Mon corps, mon bébé, m’ont entendu et tout s’est passé naturellement au final. Nous sommes en septembre 2014…

J’attends à nouveau 3 mois avant de retenter une grossesse. Décembre 2014 je tombe une nouvelle fois enceinte. Nous sommes au Etats-Unis avec mon mari pour les vacances de fin d’année. Un joli voyage de 3 semaines que nous avons organisé pour profiter et souffler après cette année haute en émotions.

Le jour de Noël je commence à avoir des doutes sur une nouvelle grossesse. Je commence à connaître les signes de mon corps. Je ne veux pas faire le test ce jour là. J’avais fait mon premier test de grossesse le 26 décembre 2013 et ne voulais pas recréer ce scénario pile poil une année après. J’attends donc quelques jours, puis la réponse du test tombe: positif! Nous nous disons que nous allons attendre, vivre au jour le jour et verrons bien ce qu’il adviendra cette fois. Nous sommes à Orlando, puis Miami. Autant dire que je ne fais aucune attraction, nous ne visitons pas les Keys, je fais attention à TOUT ce que je fais, tout ce que je mange, tout ce qui m’entoure, pour ne JAMAIS avoir à me reprocher un faux pas si cette grossesse venait à se terminer prématurément elle aussi.

Au retour du voyage je suis à 8 semaines. Le contrôle confirme que je suis toujours enceinte et que le petit coeur du bébé est bien présent et qu’il bat de toutes ses forces ! Enorme soulagement mais la peur de le perdre reste présent.

2 semaines plus tard je commence à saigner. Je vais consulter en urgence. Verdict: J’ai deux hématomes autour de la poche de grossesse. Alitement strict durant 2 semaines ! J’ai le droit de passer de la chambre au salon en faisant un pipi au passage, mais surtout rien de plus ! L’emplacement du placenta déterminera la suite des évènements.

Je rentre, je me mets sur le canapé et c’est décidé !: Je regarde mon mari (dont c’est l’anniversaire) et je lui dis: « Tout va bien se passer, quoiqu’il arrive ! Cette fois c’est MOI qui décide ! »

Avec toute ma confiance, j’avance optimiste et je fais bien! Malgré quelques risques sur la fin de la grossesse, le 30 août 2015 j’accouche d’un petit garçon plein de vie et d’esprit qui a aujourd’hui 3,5 ans et qui nous comble de bonheur !

Nous souhaitons avoir au moins 2 enfants. Pour nous, mais aussi pour notre fils. Pour ne pas qu’il soit seul.

Rapidement nous essayons d’avoir un deuxième bébé.

Je tombe enceinte alors que mon fils a tout juste 1 an. A nouveau j’ai la chance de pouvoir tomber enceinte rapidement! Septembre 2016.

Le premier contrôle se passe bien et confirme les battements de cœur et l’évolution normale du bébé. Nous ne nous emballons pas pour autant.

A 12 semaines l’examen de la clarté nucale est normal. La gynécologue est très satisfaite et attend les résultats sanguins pour confirmer que tout va bien. Seulement voilà, tout ne va pas bien. J’ai une chance sur 130 pour que le bébé soit trisomique. Je fais le tri-test et elle me dit de ne pas m’inquiéter car ce genre de résultat, elle en a vu beaucoup et vu le contrôle échographique, elle est confiante. C’est 2 jours avant Noël. Au fond de moi quelque chose me retient d’annoncer la nouvelle à la famille, mais finalement nous décidons d’aller de l’avant et de garder confiance.

Nous passons les vacances à la montagne, je suis enceinte de 3 mois et 2 couples d’amis séjournant avec nous nous annoncent la même nouvelle pour eux!

Le 9 janvier 2017 je reprends le travail et ma gynécologue m’appelle à midi. Elle a pris rendez-vous pour moi aux HUG pour une amniocentèse d’urgence le lendemain car les résultats sont très mauvais. Il y a un haut risque de trisomie 21. Elle est triste, moi aussi. J’en parle à ma chef et lui dis que je serai absente, soit pour une semaine, soit pour plusieurs. Je finis tout de même ma journée au travail. Pourquoi? Je ne sais pas trop. Une force en moi, ce bébé? Je ne pleure pas.

Le lendemain nous arrivons aux HUG et sommes reçu par le Professeur de la maternité. Son regard ne nous laisse pas beaucoup d’espoir. Je lui pose la question de savoir quelles sont les chances pour que l’amniocentèse contredise les résultats du tri-test. Un signe de tête, puis : « avec les résultats que vous avez il n’y a vraiment qu’une infime chance... ».

Le lendemain, la trisomie 21 se confirme et nous retournons à l’hôpital pour organiser la prochaine étape. En effet, mon mari et moi étions d’accord d’interrompre la grossesse si cette épreuve devait nous arriver.

Le lundi 16 janvier je suis admise à l’hôpital, je dois accoucher du bébé puis passer en salle d’opération pour un curetage. Je dis au revoir à mon bébé, je pleure beaucoup.

Je n’ai jamais été aussi bien entourée et soutenue qu’aux HUG durant cette épreuve. Je ne saurai jamais comment assez remercier les sages-femmes présentes ces jours-là, en particulier Morgane qui était là du début à la fin. J’étais enceinte de 4 mois.

Après plusieurs mois pour reprendre confiance en moi et en la vie, nous refaisons une tentative et je tombe à nouveau rapidement enceinte. Quelle chance! Mes contrôles sont rapprochés car je commence la grossesse avec des saignements à nouveau, mais ce petit embryon est bien là, son cœur bat, il grandit bien. Nous faisons le tri-test d’office et les résultats sont bons! Je suis contente mais je ne peux pas vivre ma grossesse sereinement. J’attends le « défaut caché ».

Au contrôle du 5ème mois, à l’échographie morphologique on nous demande si nous souhaitons connaître le sexe du bébé. Nous répondons: « Seulement à la fin de l’examen si tout va bien ». Et tout va bien ! c’est une petite fille. Elle est née le 7 mars 2018. Elle a 14 mois aujourd’hui, est pleine de vie, d’humour, d’amour et de tendresse.

Le 16 janvier 2017, le jour de mon deuxième accouchement, mon mari m’a demandé jusqu’où j’avais la force d’aller, par quoi j’étais encore prête à passer pour avoir un deuxième enfant. Je lui ai répondu que je serai prête à tout pour un deuxième, mais que pour le troisième je n’étais pas sûre d’en avoir la force. Nous formons une belle et forte équipe et sans lui, sans son soutien et sa présence, à sa façon, la vie serait bien différente.

Aujourd’hui nous avons 2 beaux enfants en bonne santé qui nous apportent tant de choses tous les jours, mais nous avons aussi une étoile qui brille au-dessus de nous, 2 petits êtres qui ont fait de moi une maman dès le moment où ils ont décidé de venir nous rejoindre avant de nous quitter trop vite et qui ne quitteront jamais mon cœur.

5 grossesses, 3 accouchements et 2 enfants magnifiques que nous aimons plus que tout au monde. »


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