Sharing is Caring N°6 : interruption grossesse

Motherstories_Sharing is caring2_080x1080px.png

Nous sommes convaincues qu’il est nécessaire de briser la loi du silence entourant la maternité et déterminées à lever des tabous qui ne devraient pas en être. En témoignant, vous offrez un soutien et du réconfort à toutes les femmes traversant une épreuve similaire sans oser en parler. Merci pour elles, merci à vous.


Témoignage anonyme

« Je suis tout d’abord maman d’un petit garçon depuis le 7 mai 2015. Il va avoir 4 ans. Je suis mam’ange. Ce mot-là, il y a quelques mois je ne le connaissais pas. La grossesse est pour tout le monde une chose magique, positive, une belle aventure. Lorsqu’une grossesse débute, on parle toujours des risques du premier trimestre, risque de fausse couche les premiers mois. Les 3 mois passés on souffle, on se dit que tout va bien. Pour nous, nous avons passé 3 échos avec succès. Tout va bien, bébé va bien. J’étais détendu, pas d’angoisses pas de stress. Le 29 mai échographie morphologique. On commence, le gynécologue fait ses mesures et là il nous dit qu’il trouve un ventricule un peu gros dans le cerveau puis la tête un peu petite en forme de citron. Il nous dit que ce n’est peut-être rien mais qu’il vaut mieux contrôler plus précisément. Je me suis uniquement arrêtée sur le fait qu’il y avait un problème. Nous repartons comme ça, en ne sachant pas ce qu’il se passe. Le gynécologue doit nous rappeler pour fixer un rdv pour le prochain contrôle. N’ayant pas plus d’informations, j’entreprends des démarches dans un cabinet privé et j’obtiens un rdv 2 jours plus tard. Deux jours à attendre, deux jours à angoisser de ne pas savoir. Mon mari lui ne réalisait pas. Le jour J arrive. Au bout de 5 min d’examen, la personne nous dit qu’elle pense savoir d’où vient le problème et qu’elle va chercher le médecin pour analyser l’écho. Elle nous dit c’est là colonne vertébrale, c’est un Spina Bifida, puis elle s’en va. Laissant un lourd silence, une lourde angoisse dans cette pièce sombre. Je n’osais pas bouger, je n’osais pas regarder mon mari. Je n’arrivais plus à réfléchir. Le médecin arrive, et commence à regarder l’échographie et écoute les explications de sa collègue et là, il nous explique. Votre bébé a une grave malformation au niveau de la colonne vertébrale. Le tube neural n’est pas fermé. Le liquide céphalo-rachidien ne circule pas et s’échappe dans le liquide amniotique. Il y a déjà de graves conséquences cérébrales. Il nous a expliqué les éventuelles lésions, conséquences et risques. Les différentes possibilités. Le ciel nous tombait sur la tête. Ce n’est pas ma vie là ? Ce n’est pas à moi à qui il parle. Ce n’est pas mon histoire. Ce professeur a pris son temps pour nous expliquer les choses, pour nous écouter. Puis nous sommes rentrés une nouvelle fois seuls à la maison désemparés face à cette horrible annonce. On nous a laissé comme dans le flou, en panique, sans aucun soutien psychologique. On s’est sentis démunis, trahis. On n’osait pas se parler ni prendre de décision. Les jours suivants, je ne sais plus si je suis dans la réalité. Je pleure beaucoup, je n’ose pas imaginer ce qu’il va se passer. Nous avons ensuite rencontré un autre professeur 2 jours plus tard qui confirme le même diagnostique que le précédent. Nous lui posons des questions sur la suite, sur la procédure et tout cela est difficile à entendre. Je tiens bon jusqu’à la fin de l’entretien puis je craque. Je sais qu’il n’y a qu’une décision possible pour nous. Nous ne pouvons offrir une vie de souffrance à notre enfant. Ce bébé n’a rien demandé. Il y a trop d’incertitudes. Le médecin nous dit de réfléchir, que nous ne pouvons pas affronter cette terrible épreuve dans cet état émotionnel. Mais en même temps comment voulez-vous qu’on réagisse? Les professionnels sont vraiment parfois indélicats. Notre dossier devait donc passer en commission le mardi suivant. Les médecins devaient analyser et donner leur accord pour pratiquer une interruption de grossesse. Encore 4 jours, 4 interminables jours seuls, à attendre. Le mardi nous avons l’autorisation de pratiquer cette interruption de grossesse. Je suis donc convoquée chez l’anesthésiste avec la sage-femme cadre de l’hôpital pour discuter et organiser cela. Les rdvs s’enchaînent. On nous a fait traverser le service de maternité en long en large et en travers avec ces mamans et ces bébés. Moi, enceinte, au milieu de ces femmes, sachant que dans quelques jours mon bébé serait mort. Cela a été très difficile psychologiquement. La sage-femme nous explique donc que je dois prendre des comprimés le samedi matin pour préparer le col de l’utérus avant d’être convoquée le lundi en salle de naissance pour déclencher l’accouchement. Je repars donc avec mes comprimés... Ces comprimés de la mort. Le samedi, je me lève, nous préparons le petit-déjeuner avec mon mari mais je n’ai pas vraiment faim. Tout le monde termine et je reste à table, avec ces 3 comprimés devant moi. Je les regarde et impossible de bouger, impossible de les porter à ma bouche. Je suis seule face à cela. Personne pour m’aider ni me rassurer... J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps, encore et encore pendant 45 minutes avant de réussir à les prendre.

Nous sommes donc toujours à la maison, seuls et on attend. Mon mari s’occupe de notre fils et moi je survis. J’ai de terrible épisodes de pleurs que je n’arrive pas à surmonter. Mon fils ne comprend pas trop ce qu’il se passe. Nous lui expliquons. Ce weekend end a été très éprouvant. J’ai ressenti des contractions et me suis posée de nombreuses questions. Est-ce que le bébé va bien, est ce qu’il sait ce qu’il va se passer, est-ce qu’il souffre, est-ce que je vais réussir à le regarder et l’accompagner. Le lundi arrive, je suis à 22 semaines d’aménorrhée. Nous devons gérer notre fils, le déposer chez la nounou. C’était très difficile pour moi de le laisser. Nous nous sommes ensuite rendus à la maternité ou nous avons patienté 1 heure en salle d’attente avant d’entrer en salle de naissance et enfiler cette blouse horrible d’hôpital. Tout se prépare, nous attendons l’anesthésiste un long moment. Seul mon corps est là, mon esprit est ailleurs. L’anesthésiste arrive et demande à ce que mon mari sorte. C’est un coup dur pour moi car je souhaitais qu’il soit près de moi. L’anesthésiste est froide, sans aucune compassion. Elle commence et me fais l’anesthésie locale. Cette piqûre qui me fait tellement mal avec une sensation de chaleur. Je craque, je me mets à pleurer, pleurer sans arriver à m’arrêter. A ce moment-là, l’anesthésiste me dit que la péridurale ne se pose pas encore en wifi et qu’il faut que je me calme. La sage-femme prend alors les devants lui faisant comprendre que c’est difficile pour moi ce à quoi elle reste indifférente. La péridurale posée, ma crainte que ça ne fonctionne pas se confirme. La péri s’est latéralisée, je m’effondre. L’anesthésiste me dit que ça va aller et que si ça ne fonctionne pas on trouvera une solution avec des morphiniques. Elle me dit de m’allonger sur le côté pour que le produit se diffuse. Au bout de quelques temps, la péri se montre efficace. La procédure peut alors commencer. Il est à peu près 11h. On attend, je suis hors du temps. La sage-femme m’examine pour voir si le travail avance. Si à 15h toujours rien j’aurais dû reprendre des comprimés. En début d’après-midi une auxiliaire de puériculture avec qui j’ai un très bon contact est venue nous apporter son soutien. Le travail avançait, j’avais des contractions et je sentais que bébé descendait. Mon mari en a profité pour aller se chercher à manger, je lui ai dit de ne pas traîner. Pendant son absence les choses se sont accélérées. Le temps d’appeler la sage-femme et il était là, il m’a quitté. J’ai tellement pleuré. Il est apparemment né dans sa petite bulle, protégé. J’ai voulu attendre mon mari pour le voir. La sage-femme a donc emmené bébé avec elle. Mon mari est revenu et je lui ai annoncé que c’était terminé. La sage-femme est revenue et nous a demandé si nous voulions le voir, nous avons dit oui. Elle nous a informé que bébé avait encore une activité cardiaque ce qui arrive parfois. Nous l’avons donc accompagné avec tout notre Amour. Il est resté au creux de nous, nous l’avons câliné, nous avons pleuré, nous l’avons regardé. Il est resté avec nous 2 bonnes heures environ puis il s’est éteint. Nous avons dû le laisser partir et on m’a emmenée dans ma chambre. Chambre du service de la maternité où toutes les femmes étaient avec leur bébé. Nous, nous étions seuls avec notre tristesse, nos bras vides et notre cœur brisé. J’imaginais mon bébé seul, au froid, dans le noir. Le lendemain matin, nous pouvions retourner le voir. Nous avons donc décidé de nous rendre à la chambre funéraire. Lorsque j’ai ouvert la porte, j’ai découvert mon tout petit bébé, couvert d’une petite couverture et du lange que j’avais choisi. Je me suis écroulée. J’ai pu le prendre dans les bras et je ne voulais plus le lâcher. La séparation a été déchirante. Je n’arrivais pas à le laisser, là, seul. Nous sommes retournés dans la chambre et nous avons eu l’autorisation de sortie. Moi qui ne voulais absolument pas rester à l’hôpital la veille, voilà que je ne voulais plus du tout le quitter. C’était une nouvelle étape. Quitter ce lieu où mon bébé est arrivé et où il s’est envolé. Nous avons décidé de laisser l’hôpital s’occuper de l’incinération. Nous ne nous sentions pas d’affronter cela. Nous avons pu récupérer les cendres à Annecy au funérarium. Toutes ces étapes sont tellement difficiles.

Les jours suivants, mon mari a été très fort et il a géré notre fils. Moi je tentais de garder la tête hors de l’eau tout culpabilisant d’avoir « tué » mon bébé. J’ai accouché de mon deuxième enfant le 11 juin 2015, c’était un petit garçon. Nous lui avons donné un prénom qui a pour signification Colombe. Lorsque j’ai accouché je me suis dit plus jamais. Et finalement, l’envie de porter la vie est venue très vite. J’ai bénéficié du congé maternité ce qui me paraissait très particulier puis s’est avéré très positif. Du temps pour se reconstruire et avancer. Je suis actuellement à 38 semaines d’aménorrhée et mon troisième accouchement est prévu pour le 20 mai. C’est une petite fille. Une autre histoire. Cette grossesse espoir a été éprouvante psychologiquement. Je ne serais rassurée qu’une fois bébé dans mes bras et en bonne santé. Heureusement, il ne me reste plus longtemps à attendre.

Mon petit ange sera à jamais dans mon cœur. Il veille sur nous. »


Vous souhaitez témoigner ? MotherStories est là pour vous !
Envoyez-nous votre histoire.