Sharing is Caring N°8 : charge mentale

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Nous sommes convaincues qu’il est nécessaire de briser la loi du silence entourant la maternité et déterminées à lever des tabous qui ne devraient pas en être. En témoignant, vous offrez un soutien et du réconfort à toutes les femmes traversant une épreuve similaire sans oser en parler. Merci pour elles, merci à vous.


Témoignage anonyme

La charge mentale. Cette condition qui touche majoritairement les femmes qui sont déjà chargées de 70% des travaux domestiques dans un ménage hétérosexuel avec enfants en bas âge (statistique).

« Avant de devenir mère, j’avais une vague idée de ce que cela représentait. En fait, le bruit constant dans ma tête a un nom et est bien réel et reconnu, en sociologie, on l’appelle la charge cognitive. Je me suis dit que ma charge mentale c’était parce que j’étais devenue une perfectionniste angoissée de la vie. Puis j’ai commencé à discuter autour de moi, avec mes copines, ma mère et j’ai compris que soit nous sommes toutes des angoissées soit y a un réel problème sociétal à régler.

En été 2016, ma vie chamboulée suite au tsunami qu’a été la naissance de mon premier enfant, j’ai commencé à sentir dans la peau ce que ces mots voulaient dire. Je le vis depuis comme l’injustice de trop, parce qu’elle reflète bien ces inégalités de genre qui s’amplifient quand on devient mère.

Aujourd’hui, avec deux enfants, ce problème dont je ne sais me sortir et que j’ai du mal à expliquer à mon conjoint, me plonge dans un stress semi constant. Oui, c’est un papa merveilleux, féministe dans l’âme et qui partage les tâches ménagères. Je ne dois même pas lu dire de vider le lave-vaisselle, il le fait. Il fait les courses, il range, il change les couches, il joue avec ses enfants, la liste est longue. Et loin de moi l’idée de croire qu’il a la belle vie, parce qu’être papa, dans une société comme la nôtre, n’est pas non plus chose facile. Mais alors de quoi je me plains ? Pourquoi ai-je constamment l’impression d’avoir la tête sous l’eau ?

Parce que j’ai le sentiment que je dois penser à tout. Que je gère l’orchestre familiale et que la moindre inadvertance et c’est la fausse note qui fait tout dégringoler. Peu importe que je sois à peine remise de mon accouchement, la gestion familiale m’attend au tournant, au son du diapason, pendant que la société me croit en « congé ». Peut-être que si les hommes suisses avaient le droit à un « congé » digne de ce nom la chanson serait différente… en attendant, l’administration des enfants avec tous ses aspects logistiques, financiers et bureaucratiques, n’attend pas la remise en forme de mon périnée ou que ma montée de lait se soit stabilisée.

Détail de taille, nous n’avons pas de famille proche qui pourrait nous aider régulièrement. J’ai 2 systèmes de garde différents pour mes 2 enfants, car la dernière, inscrite à peine conçue, n’a pas encore de place en crèche. Mon mari travaille loin et même si moi aussi, c’est moi qui gère à distance les emplois du temps, parce que distance et horaires stricts de la crèche obligeant, on n’arrive pas à amener ni chercher le grand à la crèche.

Je dois constamment (ou presque) m’assurer que les tâches sont faites même quand je délègue, je dois gérer, recruter la/les nounous, faire les budgets du ménage, prévoir, anticiper, avoir un plan B, C, D, Z, ne pas oublier de penser au cadeau des éducatrices, envoyer les divers documents supplémentaires demandés pour la crèche d’été que j’ai réussi à dégoter parce que je suis au taquet.

J’anticipe en amont, je prévois les vacances, je booke les vols, je change les vols, je mets une petite veste dans le sac du grand, je pense au siège auto arrivés à destination, je pense à l’indispensable de la journée, le tout entre deux rapports pour le boulot, le repas du soir, ce qui manque à la maison, caser le pédiatre de la petite et le brossage de dents obligatoire du « grand » de 2.5 ans. « Oui, il faut lui brosser les dents TOUS les jours. » m’entends-je dire à mon mari.

Quand est-ce que je suis devenue la reine chiante par excellence de cette famille ? Moi aussi je veux être le parent drôle, insouciant, être en mode « pause ». Cela me pèse.

La gestion de mon foyer est un travail à double qui ne s’arrête que quand mon fils de bientôt 3 ans et ma fille de 6 mois me laissent dormir, c’est-à-dire jamais, pardon, quelques heures par nuit…

Entre le temps que je passe à réfléchir, planifier, acheter, faire des listes, courir, préparer, en passant par le changement de serviettes de bain, le rouleau de papier toilette qui ne se remet pas tout seul, la bouteille vide de shampoing qu’il faut remplacer, laver/trouver le doudou du jour, et le tirage de mon lait pour la petite dans les toilettes du train, je travaille de 6 heures du matin au coucher. J’ai deux jobs, parfois en simultané, un qui ne me paie pas et qui n’est valorisé par personne, même pas par ma propre famille, pour laquelle c’est une « phase difficile » et « c’est comme ça », « tu es maman maintenant ».  

Je suis trop souvent dans l’attribution des tâches, dans les rappels, dans le poste de superviseur, de vérification. J’ai compris que je ne peux déléguer l’administration à moins de courir le risque que cela ne soit pas fait ou en retard. Je ne peux de toute façon pas effacer cette tâche de mon tableau mental de choses à faire, parce qu’il faut que je m’assure que cela soit fait. Et malheureusement, parfois, ce n’est pas bien fait.  Et si mon mari pense que j’exagère, moi je pense que j’ai envie de donner l’exemple à mes enfants. Non, on ne met pas les documents officiels dans un vieux sac Migros. Mon insouciance a disparu à jamais.

Je suis devenue le contrôle qualité, les RH, le CFO, le CEO, le conseil administratif et femme de ménage aux heures perdues de cette entreprise que j’ai hérité sans le savoir ni vouloir. Et si mon mari met la main à la pâte clairement, je cumule beaucoup plus de rôles, je suis dans l’organisation en amont, les projections financières, de budget et la programmation diverse du grand. Je suis en mode veille alors que mon mari a le droit de se débrancher. A tel point que parfois je dois m’arrêter, regarder mes enfants, respirer et me rappeler à quel point je les aime.

Oui, les femmes doivent lâcher prise, déléguer et accepter que cela ne soit pas fait comme nous le voulions (au risque de ne pas avoir de place en crèche, parce que oups, on a oublié le délai des 6 mois…)

Mais la charge mentale, c’est devoir gérer la culpabilité d’être partout à la fois et nulle part, surtout pas ou peu avec ses enfants. La charge mentale, tout juste derrière le mythe que serait l’épanouissement ultime de la femme par la maternité est l’arnaque du siècle.

Pourtant la charge mentale n’est pas une différence biologique entre un homme et une femme, la charge mentale est plus prépondérante chez la femme parce que dès la naissance de l’enfant elle est laissée seule à presque tout gérer, et même si elle délègue, elle fait le sous-marin, car tout ce qui est lié à l’enfant lui est attribué, lui est indirectement ou directement reproché.

J’aimerai que la société arrête de s’appuyer sur l’épuisement général des mères et des couples par conséquence. Peut-être ferions-nous des économies importantes sur la santé mentale et physique des mères et des pères épuisés, peut être réduirons nous les rancunes, les divorces, les burn out, le taux d’insatisfaction qui augmente quand les occidentaux ont des enfants (effarant, non ?).

J’aimerai qu’on me laisse jouir du droit fondamental qu’est créer une famille qu’on me donne les ressources pour éduquer mes petits humains de manière convenable… Parce que je suis à bout. »


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