Kristina (30 ans), fondatrice des crèches TotUp

Entrepreneur dans l’âme, Kristina a réussi le pari fou d’ouvrir une crèche privée à Genève. Maman par procuration d’une centaine d’enfants, découvrez l’histoire d’une femme touchante et réellement inspirante.

Kristina, peux-tu te présenter en quelques mots ?
Je suis 100% russe. A 14 ans, je suis arrivée en Suisse, à Lugano où j’ai habité jusqu’à mon entrée à l’Ecole Hôtelière de Lausanne 4 ans plus tard. J’ai passé ensuite un master en lobbying et affaires internationales à l’Institut de Genève avant d’entrer à l’HEG de Fribourg pour suivre un autre master en entrepreneuriat. 

Qu'est-ce qui t’a justement donné envie de devenir entrepreneur?
Mes deux parents le sont. J’ai perdu mon papa à l’âge de 5 ans et j’ai toujours voulu lui ressembler. C’était quelqu’un de très sociable avec toujours plein d’idées. Je l’ai toujours mis sur un piédestal ce qui rendait d’ailleurs ma mère un peu jalouse (sourire). Totup fait partie du groupe BABIN SA que j’ai créé et appelé ainsi en son hommage.

A ton avis, est-ce plus compliqué lorsque l'on est une femme?
Oui, particulièrement quand on est jeune et que l’on vit en Suisse même si à partir d’un certain âge, ça se rééquilibre. Quand j’ai commencé, j’avais 27 ans et personne ne me prenait au sérieux. On me répétait sans cesse: “vous êtes trop jeune, vous n’avez pas d’expérience, ce n’est pas votre métier…”

Pourquoi avoir choisi d’ouvrir une crèche ?
J’ai toujours aimé et préféré la compagnie des enfants à celle des adultes. Ils sont francs, directs et sans filtres comme moi. C’est une autre énergie, plus pure, sans jugement ni mauvaises intentions. Et, contrairement aux adultes, ils ne m’ont jamais déçue !

Pour l'anecdote, je suis arrivée un matin à la crèche en robe et en baskets. J’avais oublié de changer de chaussures et personne ne me l’a fait remarquer à l’exception d’une petite fille de 3 ans qui, en me regardant de haut en bas, m’a dit: “non mais tu ne peux pas porter ces chaussures avec une robe”. J’en ris encore.

Pendant mon master, plusieurs copines ont eu des enfants et elles m’ont parlé de leur galère pour trouver une place en crèche. Je n’en revenais pas. Je n’aurais jamais imaginé qu’un pays développé comme la Suisse, aux nombreuses subventions et autres plans sociaux, ne fasse rien pour aider les jeunes parents. Il manque aujourd’hui 4000 places en crèche rien que dans le Canton de Genève. A partir de là, j’ai compris qu’il y avait un réel besoin et une opportunité à saisir.

J’ai donc décidé de faire mon travail de master sur la thématique des crèches et j’ai commencé à comparer les crèches privées du monde avec les crèches privées suisses. Résultat: en Suisse, en plus de la pénurie de places, aucun réel programme éducatif autre que le jeu n’est proposé dans les garderies (qui comme son nom l’indique n’a pour seule action que celle de garder). C’est à ce moment que j’ai compris que je pouvais faire la différence en proposant un établissement alliant le jeu mais aussi l’apprentissage en se focalisant sur les langues et les mathématiques. TotUp est donc né de ce travail de master avec pour mission: Tester, Observer, Éveiller, Découvrir, Progresser.

Qu’est ce que tu aimes le plus dans ton métier ?
Me sentir utile ! Je sais que je fais quelque chose de bien pour la société. J’ai plusieurs autres projets à côté dont un bar à Lausanne ce qui ’est super sympa mais qui n’a rien à voir niveau épanouissement. Après, je vais être honnête, malgré toute sa dimension sociale, TotUp reste un business qui doit tourner. Faire du chiffre me stimule.

Te sens-tu épanouie justement ?
Oh oui ! Je sais me satisfaire de ce que j’ai et j’en suis reconnaissante. De nature optimiste, pour moi, il n’y a jamais de problèmes mais que des solutions. J’ai mis 3 ans pour ouvrir TotUp dû à la complexité de l’administration mais je n’ai pas baissé les bras pour autant.

Comment parviens-tu à gérer vie pro et vie privée? Tes tips pour être organisée ?
La motivation première pour se mettre à son compte est la liberté ! Il faut donc bien s’entourer et arrêter de penser qu’un entrepreneur doit tout savoir faire. L’entrepreneur est un chef d’orchestre qui doit avant tout savoir rester à sa place et être humble. Mon équipe se compose d’architectes, d’un avocat, d’une entreprise générale, d’éducateurs, d’une équipe IT, de cuisiniers et plus encore. Ce sont eux les musiciens et la réelle valeur ajoutée de TotUp.

Donc, pour répondre à la question OUI j’ai une vie privée car je sais déléguer et responsabiliser mes collaborateurs. Evidemment, il y a des périodes plus intenses que d’autres comme l’ouverture d’une nouvelle crèche où là, je travaille à 300% mais après c’est okay de prendre 2 semaines de vacances sans devoir me justifier.

Est-ce qu’il t’arrive de douter ? Si oui, comment fais-tu pour aller de l’avant ?
Si tu crois véritablement en ton projet, il n’y a pas de raison de douter. Il est légitime de passer par des périodes de remises en question mais il faut les voir positivement et comme une façon de progresser. En aucun cas, l’intégrité du projet ne doit être remise en cause sinon autant arrêter. Il faut avoir confiance que ce soit en soi, en son projet ou en son équipe.

Quelle(s) femme(s) trouves-tu inspirante(s) ?
Ma mère, une entrepreneur née. Une femme qui n’a jamais baissé les bras malgré de nombreuses épreuves difficiles dont le décès de mon papa. Elle est la personne qui croit le plus en mon projet, après moi, et elle me soutient énormément.

Quels conseils donnerais-tu à celles qui veulent se lancer ?
Un nom de famille européen ça aide (rires). J’ai souvent entendu: “vous voulez faire du business en suisse mais vous n’êtes pas vraiment suisse” et ce, même si je suis naturalisée depuis 2013. Plus sérieusement, il est crucial de s’assurer avant de lancer son projet que les finances suivent. Même pour lancer un (bon) crowdfunding il faut un budget pour la communication (vidéo, posts sponsorisés…) et, comme je l’ai dit et répété, ce n’est pas possible de tout faire soi-même.

Pour finir, l’aspect humain. Ne jamais baser son projet sur l’avis de ses amis car ils ne sont pas objectifs. Il faut se préparer moralement à perdre une partie de son entourage principalement par jalousie. Les adultes, à l’inverse des enfants, ont de la peine à se réjouir pour les autres. Ils ont, au contraire, plus de facilité à être là quand ça ne va pas. Je n’étais pas préparée pour ça. Je suis tombée de haut, déçue par certains.

Comment vois-tu l’échec?
Je ne crois pas qu’échouer soit mal. Je le vois plutôt comme un signe de l’univers qui nous fait prendre conscience que ce n’était pas le bon moment. J’ai mis 3 ans à ouvrir la première crèche. Au début, elle devait être dans un autre quartier, dans un espace plus petit et moins bien à tous les niveaux. Finalement, c’était un mal pour un bien que cela ne se fasse pas même si il a fallu faire preuve de patience pendant plusieurs années.

Quelles sont les qualités d’un bon entrepreneur ?
Avant tout, d’être toujours confiante défendant bec et ongles son projet. Ensuite, il faut être capable de pitcher correctement son idée de sorte à ce que les gens aient envie d’investir leur temps ou leur argent. Pour ça, il faut être un bon Storyteller. Combien de personnes ont de bonnes idées mais ne savent pas les expliquer… Une dernière chose fondamentale: le travail. Il ne faut pas compter ses heures si l’on veut atteindre ses objectifs.

A ce jour, quel est ton meilleur et pire souvenir de l'entrepreneuriat ? 

Meilleur:
Quand le projet de la première crèche s’est enfin finalisé, une maman est venue inscrire son enfant, pleurant de joie et de soulagement. Elle attendait cette place depuis 2 ans !

Pire:
De n’avoir reçu et ne recevoir aucun soutien de l’administration. Le SASAJ, département responsable des crèches ne fait rien, je ne comprends pas. Ils sont contre l’ouverture de crèches privées de peur qu’elles fassent faillites et qu’ils doivent ensuite replacer les enfants. Avec ce genre de raisonnement, on ne va pas loin ! Un parent heureux est un enfant heureux. Si la maman ne trouve pas de mode de garde, elle ne pourra pas s’épanouir professionnellement et tout le monde en pâtira.

Qu’aimes-tu faire de ton temps libre ?
Je fais beaucoup de sport ce qui me permet de me défouler (d’où l’ouverture du centre sportif familial au sein de la crèche). Sinon, passer du temps avec mes proches et faire de longues promenades en nature pour réfléchir. J’essaie aussi de garder de la place pour l’amour avec l’envie, un jour, de fonder une famille.

Quels sont les next steps de TotUp ? 
Les travaux du centre sportif familial (le premier en Suisse Romande) sont quasiment finis. Il y aura aussi un Beauty Center et une école primaire, (bilingue avec un focus sur les mathématiques, jusqu'à 8 ans. Le tout dans le même bâtiment à savoir le Geneva Business Center de Lancy.

As-tu d’autres projets ?
D’ici l’année prochaine, deux autres crèches ouvriront dans le canton de Vaud. Elles sont actuellement en travaux. A Genève, une deuxième ouvrira en 2022 dans les environs de Thônex. 

Kristina, que peut-on te souhaiter aujourd’hui pour demain ?
J’ai un projet qui me tient à coeur. J’aimerais réussir à inclure les enfants handicapés dans le système préscolaire et scolaire car aujourd’hui c’est compliqué. Surtout dans le secteur privé car nous ne bénéficions d’aucunes aides de la part de l’administration. J’espère, un jour, convaincre l’Etat de subventionner cette initiative qui serait un vrai plus pour les enfants et leurs parents. Nos locaux sont, en effet, plus adaptés, et plus spacieux et nous avons plus d’effectifs.

Et dans 10 ans ?
Être à mon tour maman tout en continuant à créer de nouveaux projets dans le but d’aider et de soutenir les familles.

 
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www.totup.ch
Geneva Business Center
Avenue des Morgines 12, 1213 Lancy, Suisse
info@totup.ch

 

 






interview, storyElsa Gonzalez